C’est votre histoire : Ce 10 juin 2021 !

Ce 10 juin 2021, je pars en courant de l’entreprise où je travaille comme responsable d’équipe depuis 5 ans, en ayant peur…
Peur d’eux et de moi, de ce qui pourrait arriver…
Ce matin-là, j’arrive comme depuis des mois avec une impression de crâne qui se fissure au niveau du haut du front, une douleur horrible et je vomis comme depuis des semaines en arrivant.
Je m’installe devant mon PC pour rentrer les chiffres de « productivité » de la veille, je tremble, je pleure, rideau… je n’arrive pas à voir ce foutu écran.
J’appelle mon médecin, dix mois plus tôt, après 3 semaines d’arrêt pour une sciatique des deux côtés, il m’avait conseillé de ne plus y retourner…
Je cours jusqu’à son cabinet avec une vision en tunnel, ses premiers mots : « Vous n’y retournerez pas, je vous arrête un mois pour commencer. »
Tentative de négociation pour deux semaines, rien à faire.
Mes équipes, mes projets en cours, je ne peux pas m’arrêter, la culpabilité s’invite…
Je passe ensuite une semaine à manger et dormir ; un mois plus tard, un rendez-vous avec un médecin du réseau Souffrance et Travail qui permet d’atténuer cette culpabilité.
Puis des mois de montagnes russes, de traversée du désert et un accompagnement pas suffisant, mais cela je l’ai compris bien après.
Un an après, je vais à l’université pour passer un DU management de la QVTC et des RPS, captivant.
Avec un mémoire sur le silence destructeur en entreprise et ses liens complexes avec le harcèlement moral.
Les névralgies s’installent pendant cette année, un équilibre bien fragile…


2024, prise de poste au sein d’un service de santé au travail, une réelle envie de faire de la prévention en entreprise.
Au bout de deux mois, un nerf au niveau du bassin se coince ; après deux semaines de vacances, les céphalées reprennent, les réveils nocturnes également, mais j’avance.
Quelques mois après, une visio qui se passe mal et  il aura suffi d’une étincelle, je me sens marquée au fer rouge, le silence managérial, je replonge.
Le même médecin me dit : vous souffrez de SPT, stress post-traumatique…

Anxiété généralisée…

Dépression réactionnelle…


15 mois d’arrêt s’ensuivent, une rechute d’une violence inouïe, les problèmes de santé s’enchaînent, je suis vide, dans un corps qui n’est que souffrance et dysfonctionnements, une réaction inflammatoire du corps avec des douleurs musculosquelettiques diffuses, nombreuses et variées, une concentration et une mémoire défaillantes, j’ai l’impression d’avoir 80 ans…
Après une errance médicale, j’ai la chance d’être prise en charge par le docteur Didier Lechemia, spécialisé dans la prise en charge des personnes qui subissent un burn-out, et par une psychiatre incroyable. Après la récupération, la reconstruction, ma reconstruction peut commencer, pas à pas, celle-ci est loin d’être linéaire…
15 mois qui furent un véritable tsunami dans ma vie, et dans la vie de mes proches, de mes filles.

Le 1er juillet 2026, j’ai commencé un nouveau chapitre en intégrant une coopérative d’entrepreneurs pour accompagner les dirigeants, managers et membres de CSE.

Transmettre, former, semer des graines en parlant organisation du travail et surtout du système nerveux pour déstigmatiser la santé mentale et les préjugés, parler des signaux faibles qu’il faut apprendre à lire, à voir, pour protéger le collectif de travail et chaque salarié.
Pourquoi une coopérative ?
Car le format standard de travail ne me correspond pas… plus… car les séquelles sont encore là.
Tourner une page : le procès contre mon ancien employeur est terminé au même moment et j’ai gagné.
Tous les préjudices n’ont pas été retenus, mais la justice n’est pas toujours juste.
Faire appel…
Non, je me choisis, je veux avancer.
4 ans pour un jugement, l’appel encore 4 ans…
Je veux tourner cette lourde page et avancer .
Ils ne feront pas appel non plus …Sans commentaires…
Je veux avancer, pas à pas, avec mes troubles de l’attention, une fatigue que j’apprends à gérer, un corps et des signaux que je ne peux qu’écouter.
D’après ma psy, pour les séquelles, il faut un recul de 5 ans… Alors on va faire avec.
Et en attendant, je vais vivre en m’écoutant et en me priorisant.

Ingrid Monteil

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